Le Commun des Mortelles, La Commune des Mortels

1. Nous écrivons ‘Le Commun des Mortelles’

Ce choix du féminin n’est pas un détail orthographique. 
C’est une déclaration politique. Le neutre n’est jamais neutre. En français, il est masculin.
La langue construit le réel autant qu’elle le décrit. 
Le masculin prétendument universel efface la moitié de l’humanité depuis des siècles.
Changer les mots, c’est commencer à changer le monde.

2. ‘La Commune des Mortels’ est notre bannière

Paris, 1871. Soixante-douze jours. La première fois qu’un peuple a gouverné lui-même, sans maîtres, sans confiscation du pouvoir par des professionnels de la politique. 
Elle a été écrasée dans le sang. 
Elle a prouvé, précisément parce qu’elle a été écrasée, que l’idée était juste.
LCdM. Les deux formes, un seul mouvement.

3. Nous luttons contre le capitalisme, qui « empoigne et asservit les gens » [1]

Le capitalisme traite les vivants comme des ressources. 
Il épuise les corps, précarise les existences, transforme le soin en marchandise et le temps en productivité. 
Il fabrique de la richesse pour quelques-uns en organisant la pauvreté du plus grand nombre. 
Nous refusons un système qui valorise le capital plus que la vie.

4. Nous sommes écologistes parce que le monde n’est pas une ressource

La destruction du vivant n’est pas une question technique ou économique. C’est une question de survie. 
Les mêmes logiques qui écrasent les travailleurs épuisent les sols, assèchent les rivières, empoisonnent l’air. 
Le capitalisme ne distingue pas entre la chair humaine et la chair du monde : il exploite l’une et l’autre jusqu’à rupture.
L’écologie sans lutte des classes est du jardinage. 
La lutte des classes sans écologie est une impasse. Les deux sont inséparables.

5. Nous sommes féministes parce que nous sommes mortelles

Le patriarcat est un système de domination qui organise l’inégalité entre les vivants au profit de quelques-uns. Il tue. Il mutile. Il contrôle les corps, confisque les salaires, fabrique la honte et la culpabilité. 
Le combattre n’est pas une cause parmi d’autres : c’est une condition de la gauche digne de ce nom.

6. Nous défendons l’égale dignité de tous les humains

La race est une construction. Le racisme est une réalité. 
Il organise des hiérarchies entre les vivants qui n’ont aucun fondement biologique et tous les effets sociaux, économiques et politiques imaginables. 
L’universalisme qui ignore les discriminations réelles n’est pas un universalisme : c’est un privilège qui se protège.

7. Nous sommes républicains parce que la Commune l’était avant nous

Plus qu’un héritage à conserver, la République est une promesse à tenir.
Liberté, Égalité, Fraternité : trois mots que la droite a vidés de leur sens. 
La Liberté réduite au marché. 
L’Égalité sacrifiée au mérite. 
La Fraternité confisquée par une nation que l’on divise, alors qu’elle est indivisible par définition.
La République sociale, celle qui protège concrètement, qui soigne, qui instruit, qui loge, qui garantit la dignité de chaque mortelle et de chaque mortel : c’est celle-là que nous voulons tenir.

8. Nous sommes laïques parce que personne ne détient la vérité

La laïcité n’est pas une arme contre les croyants : c’est un bouclier pour la République.
Elle garantit que les décisions politiques se prennent au nom de l’intérêt général, pas au nom d’une foi particulière.
Elle protège les croyants des autres croyances autant qu’elle protège les non-croyants de toutes.
Ailleurs, la laïcité protège les religions de l’État. 
En France, elle sépare le pouvoir politique du pouvoir religieux, et protège par-là chacune et chacun de nous.
Dans un monde où le sacré se vend, notre laïcité est une résistance.
Elle est ce qui reste quand on a refusé que la foi, le sang ou l’argent décident à notre place.

9. Nous défendons les services publics parce qu’ils sont la République en actes

Ils ont choisi de servir. 
Ce mot, que d’autres porteraient comme une honte, est leur titre de noblesse.
Les enseignants forment des esprits libres. Les soignants maintiennent en vie. Les juges disent le droit sans en vendre le résultat. Les agents des administrations sont souvent la dernière chose qui s’interpose entre un citoyen et la logique marchande qui voudrait le réduire à un client.
Aucun d’eux ne produit de rendement mesurable. 
C’est précisément pour ça que les droites voudraient les démanteler. 
Démanteler les services publics, ce serait livrer ce que la République protège encore au capitalisme qu’elle est censée contenir.
Nous les défendons pour ce qu’ils sont, pour ce qu’ils portent, parce qu’ils sont la promesse républicaine pour laquelle nous nous battons.

10. Nous sommes pour la Sécurité sociale parce que « de la naissance à la mort, nous nous devons tout[2] »

La Sécurité sociale est le mécanisme le plus solidaire et le plus juste jamais inventé par des humains pour faire face ensemble à ce que chacun ne peut pas affronter seul : la maladie, la vieillesse, le chômage, la mort. 
Elle est en train d’être démantelée méthodiquement au profit de logiques marchandes. 
La solidarité n’est pas un service : c’est le seul rempart contre un monde qui transforme chaque malheur en faute personnelle.

11. Nous sommes mortels, et notre temps nous appartient

Le capitalisme ne se contente pas d’exploiter nos corps et d’épuiser le vivant. 
Il confisque le temps. Il transforme nos heures en productivité, nos nuits en récupération fonctionnelle, nos loisirs en consommation. Il nous vend la liberté sous forme d’abonnements et mesure notre valeur à notre rendement.
La maîtrise du temps est un enjeu politique. 
Ralentir n’est pas une posture : c’est une rupture. 
Sortir de la course à la croissance, c’est redonner aux vivants la possibilité de choisir ce qu’ils font de leur existence avant qu’elle ne se termine. 
C’est cela aussi, prendre au sérieux la condition mortelle.

12. Nous soutenons les luttes LGBTQIA+ parce qu’être ce qu’on est ne devrait pas coûter la vie

Les corps ne se ressemblent pas. Les désirs non plus. Les identités encore moins. 
Être une personne LGBTQIA+ expose encore, dans ce monde, à mourir de ce qu’on est. 
Cette diversité n’est pas un problème à résoudre : c’est une réalité à protéger. 
Toute politique qui hiérarchise les existences selon le genre, l’orientation ou l’identité est une politique de domination. 
Nous défendons l’égale légitimité de toutes les existences.

13. Nous reconnaissons que souffrir n’est pas un privilège humain

La frontière entre les humains et les autres animaux n’est pas une frontière morale : c’est une frontière de pouvoir.
Les mêmes logiques d’exploitation qui s’exercent sur les humains les plus vulnérables s’exercent sur les animaux non humains.
Nous ne prétendons pas que toutes les vies sont identiques, nous affirmons que la capacité à souffrir mérite une considération morale, quelle que soit l’espèce.

14. Nous défendons la diversité des corps et des capacités

Les corps et les esprits ne fonctionnent pas tous de la même façon.
Cette diversité n’est pas une déviance : c’est la norme réelle de l’humanité.
Le handicap, sous toutes ses formes, n’est pas une exception à l’humanité : il en est une expression.
Une société qui organise l’espace, le travail, la culture et la politique pour un corps et un esprit standardisés exclut structurellement ceux qui ne correspondent pas à ce standard.
Nous refusons cette normalisation.

15. Nous sommes humanistes parce que l’humain est capable du meilleur

Non pas l’humanisme qui met l’humain au centre de tout et écrase le reste, mais l’humanisme qui reconnaît la dignité irréductible de chaque existence, qui refuse que quiconque soit traité comme un moyen plutôt que comme une fin.
Les humains sont capables du meilleur. C’est une conviction politique, pas une naïveté.

16. Nous sommes pour le droit à mourir dans la dignité parce que la mort nous appartient

C’est peut-être la conséquence la plus directe de tout ce qui précède. 
Si la mortalité est notre seul universel certain, alors la manière dont une société accompagne ses mourants dit tout de ce qu’elle pense des vivants.
Mourir dans la douleur faute de soins palliatifs accessibles, mourir seul faute de moyens, mourir sans avoir pu choisir : ce ne sont pas des fatalités. Ce sont des choix politiques.
Nous défendons le droit de chaque mortelle et de chaque mortel à disposer de sa fin, entouré, accompagné, sans que la souffrance soit le dernier mot de son existence.

17. Le sens des mots est un terrain politique

La gauche a perdu ces dernières décennies non parce qu’elle avait tort sur les faits, mais parce qu’elle a abandonné le terrain des mots à ses adversaires. 
Elle a laissé la droite s’emparer de la liberté, de la sécurité, de la nation, de la famille. 
Elle a répondu dans les termes du débat adverse, et elle a perdu des débats qu’elle aurait dû gagner.
Nous partons des mots. Nous construisons des cadres. Nous installons des significations avant que l’adversaire ait eu le temps de les occuper.
Ce n’est pas de la communication. C’est de la politique.

Nous sommes ordinaires. C’est notre force. 
Nous sommes mortels. C’est notre égalité. 
Nous sommes là. C’est notre politique.


[1] Charles de Gaulle, entretien avec Michel Droit, Élysée, 7 juin 1968. ↩

[2] Programme du Conseil national de la Résistance, « Les jours heureux », 15 mars 1944. Ambroise Croizat, ministre du Travail et de la Sécurité sociale (1945-1947), en fut le principal artisan. ↩

Texte fondateur de LCDM, avril 2026.

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